RELIRE L’ÉVANGILE POUR MIEUX LIRE LE MONDE

Depuis des années, des centaines de milliers de migrants traversent la Méditerranée depuis le Moyen-Orient ou l’Afrique du Nord pour venir trouver
refuge en Europe. Des familles entières prennent la route, hommes, femmes et enfants. Les dangers du voyage sont énormes et ils sont connus. Des dizaines de milliers déjà, sont morts en route, noyés pour la plupart. On le sait bien ; et malgré tout, les candidats au départ se bousculent encore. Certains reviennent même
après un premier échec…

Tous ces gens prennent la route pour fuir des situations désespérantes et aller vivre là où la table est mise en abondance.

Ces mortelles misères qu’ils fuient en bravant tant de dangers, ils n’en
sont pas eux-mêmes les auteurs mais les victimes.

Ceux qui, directement ou indirectement, exportent la souffrance loin de
chez eux protestent contre ces menaces d’envahissement de leur zone confortablement aménagée. Ils ont toutes sortes de raisonnement pour s’opposer à ce chambardement de l’ordre international.

Comment puis-je prendre parti dans ce débat qui trouble notre monde? Dans quel camp m’appelle ma conscience de chrétien ?

Et il est urgent que je me fasse une idée à propos de la Méditerranée, car
du Venezuela et du Honduras, une caravane volumineuse annonce une prochaine poussée vers notre Nord…

* * *

Bartimée ne prend pas la route, il est plutôt assis au bord du chemin, immobile. Il ne peut trouver le chemin d’une vie digne. Il ne voit rien, il mendie.
Son sort n’est peut-être pas luisant, mais il le mérite. Il ne serait pas aveugle, s’il n’avait pas péché… On ne sait pas vraiment ce qu’il faut lui reprocher ; mais il doit bien y avoir quelque chose…

Et puis, un aveugle peut bien rapporter un petit bénéfice à ceux qui
prennent soin de lui. Allez savoir quel part de ses aumônes sa famille se réserve en échange du gîte et du couvert ! Sa misère est sans doute rentable pour quelqu’un.

Alors, qu’il reste à sa place, assis et immobile au bord du chemin ! Qu’il accepte son sort ! Se mettre à crier : « Jésus, fils de David, prends pitié de moi ! », c’est un acte de rébellion qui compromet l’ordre social. C’est bien pourquoi on veut l’en empêcher.

Mais Jésus l’a entendu : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » « Rabbouni, dit l’homme, que je retrouve la vue ! » Enfin, il peut s’adresser à un vrai maître,
c’est pourquoi il l’appelle Rabbouni. Et il sait bien qu’un vrai maître, proche de
Dieu, ne lui rabâchera pas ces plates considérations sur « l’ordre des choses ». Il
ose donc réclamer de retrouver les moyens de sa dignité. La réponse de Jésus
tient en peu de mots, « Va, ta foi t’a sauvé ». C’est facile à traduire : tu as bien
compris la portée de l’amour de Dieu. Prend la route et va trouver ces moyens de
ta dignité.

Effet immédiat : Bartimée voit, et il remet en route, suivant Jésus sur le chemin du salut.

* * *

En relisant l’Évangile pour mieux lire le monde dans lequel je vis, je comprends que Bartimée marche encore à la suite de Jésus et qu’il répète à tous les prostrés d’aujourd’hui que la mer sépare de leur dignité : votre espérance n’a rien
de contraire aux vues de Dieu, prenez la route et allez trouver votre part de
l’héritage commun à tous les enfants du Père.

fr. Aubert Bertrand, o.f.m. cap.

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