NE VOUS DÉTOURNEZ PAS DE LA CROIX, OUVREZ PLUTÔT LE CHEMIN !

Pierre vient tout juste de se rendre compte qu’il s’est
trouvé un leader digne de confiance. Jésus est encore mal
connu ; les gens le prennent pour un homme qui essaierait à
son tour ce que d’autres ont fait avant lui… Jean-Baptiste,
Élie ! ? Ce n’étaient certes pas des moins que rien, mais ils n’ont
pas pour autant débloqué la situation des petites gens.
Des chemins fermés, Pierre en a vus. Dès qu’il revient
de la pêche, les percepteurs lui barrent l’accès du marché :
paye d’abord la taxe ! Les envahisseurs romains contrôlent
tout le pays… À quand la liberté promise ? Et ça, c’est sans compter les prêtres, qu’est-
ce que la religion peut être tatillonne ! Les anciens et leurs grands airs, les scribes et
leurs arguties… On les a toujours sur le dos !
Mais Jésus parle autrement : sa religion vient droit du cœur, on sent qu’il est
connecté à Dieu. Il sait mobiliser les gens : avec lui, on pourrait aller très loin. Sûr, c’est
lui, l’Envoyé de Dieu ! Enfin on a trouvé le chef charismatique tant attendu ! Quel
moment exaltant ! Sa profession de foi, Pierre la clame dans l’enthousiasme.

La douche froide n’aurait cependant pas pu venir plus vite. « Jésus commença
à leur enseigner qu’il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté
par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit tué, et que… »
Pas étonnant qu’on ait frôlé la brouille définitive. « Arrête ! », dit Pierre à
Jésus, « Tu déparles ! » Et Jésus de lui répondre : «Tu ne vaux pas mieux qu’un démon,
il n’y a rien chez toi d’un homme de Dieu… »

Pourquoi Jésus devait-il faire sortir si violemment Pierre de son rêve de
triomphe bienheureux ? C’est parce que Pierre voyait son salut en dehors de la vraie
vie, là où il n’y aurait plus aucun obstacle ; il voulait fuir la réalité pour la vaincre.
La vie humaine, authentique don de Dieu, est néanmoins toujours à
construire. Parmi nous, certains perçoivent leurs intérêts comme contraires aux intérêts
des autres et cherchent l’avantage dans la compétition. Certains veulent posséder
toujours plus et croient légitime d’accaparer sans limites des biens dont d’autres
auraient besoins eux aussi. Et certains encore se prennent eux-mêmes pour Dieu et
prétendent dominer leurs semblables au lieu de collaborer avec eux au bien commun.
Notre monde est à la fois riche et fragile. La terre peut tous nous nourrir si
nous la traitons avec respect et si nous en partageons les ressources.
Toutes les maladies peuvent se guérir si nous ne faisons pas de la médecine
et des médicaments un commerce impitoyable.

Le salut dans le vrai monde, c’est de croire qu’aucune des croix qui barrent
nos routes n’est infranchissable. Pierre avait oublié les derniers mots de Jésus : après
trois jours, il ressuscite. Ne nous détournons pas de la Croix ; avec Jésus, ouvrons
plutôt tous ces chemins !

fr. Aubert Bertrand, o.f.m. cap.

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