Le passage de l’évangile selon saint Matthieu que nous propose la liturgie de ce dimanche nous expose deux paraboles insérées dans une même histoire. Ce récit nous présente que « le royaume des Cieux est comparable à un roi » qui veut célébrer des noces. Les deux paraboles qui en ressortent sont celles concernant les invités au banquet des noces, puis le vêtement de fête.

D’abord les invités! Le texte nous dit que Jésus s’adresse aux grands prêtres et aux pharisiens. Les premiers étaient comme une sorte de caste héréditaire, qui détenait le pouvoir religieux au temple de Jérusalem. Quant aux seconds, ils se présentaient comme l’élite intellectuelle autorisée à interpréter la Loi. Ces deux groupes pouvaient très bien se considérer comme étant des invités privilégiés de ces noces semblables au royaume des Cieux. Cependant il n’en est rien, puisque les invités de marque de la parabole ne s’en trouvaient pas digne. Ce fut donc « les mauvais comme les bons » qui remplirent la salle de noce. Pour Jésus tout être humain, sans tenir compte des catégories, est invité à participer au Royaume. Dans le même sens Saint Paul écrira: « dans la maison du Père, il n’y a ni Grec ni Juif, ni circoncis ni incirconcis, ni homme ni femme, ni barbare ni Scythe, ni esclave ni homme libre ». La deuxième parabole concerne le vêtement de noce. Saint Grégoire le grand, interprète ce vêtement nuptial comme étant la charité. Nous sommes invités par la foi, mais c’est par l’amour du prochain qu’il nous est possible de goûter cette communion que Dieu nous offre.

Jésus termine en disant : « Car beaucoup sont appelés, mais peu sont élus. », non pas pour exclure, mais pour nous rappeler que l’amour de Dieu n’est pas distincte de celle du prochain. Cela nous est redit dans la lettre au Colossien « Comme des élus de Dieu, mes bien-aimés, revêtez le vêtement d’amour et de compassion, de bonté, d’humilité, de douceur et de patience. Supportez-vous les uns les autres. Pardonnez-vous l’un à l’autre comme le Christ vous a pardonné. À votre tour, placez par-dessus tout la charité, ce lien parfait ».

Fr. Joseph Beaulieu

L’Action de grâce!

Les vignerons refusant de remettre le fruit de la vigne au maître du domaine nous montrent bien que, trop souvent, on cherche à s’approprier les bienfaits de Dieu. On entre ainsi dans un manque total de reconnaissance et de gratitude. On se replie alors en nous-mêmes, on s’enferme en nous-mêmes tout en osant prétendre que tout nous appartient. On finit par se convaincre que tout dépend de nous, que tout existe grâce à nous. Ainsi, on ne doit rien à Dieu ni à personne. C’est ce que j’appelle « le mystère de l’ingratitude. »

Dans sa mort et sa résurrection, Jésus vient ouvrir toute l’humanité à une nouvelle relation avec Dieu le Père. La vigne du Seigneur n’est plus alors un seul peuple, une seule nation, mais c’est maintenant l’Église qui rassemble dans la joie de l’Esprit Saint des hommes et des femmes de toutes les langues, de tous les peuples et de toutes les nations. L’Église est donc cette nouvelle vigne qui accueille tous ceux et celles qui désirent entrer dans la famille des enfants de Dieu.

Tous les baptisés sont donc les nouveaux vignerons vivant dans la joie de l’Esprit Saint et portant les fruits de paix, de partage, de justice et d’amour! Remettre les fruits de la vigne au Maître, c’est annoncer la Bonne Nouvelle du salut en Jésus Christ notre Seigneur! Remettre les fruits de la vigne au Maître, c’est ne jamais rien s’approprier mais tout remettre à Dieu puisque tout vient de Lui. Tout remettre à Dieu par nos chants de joie, notre louange, notre action de grâce puisque tout vient de Lui, tout est par Lui, tout est en Lui.

Que ma prière devienne un chant de louange et d’action de grâce, qu’elle porte du fruit de paix, de justice et d’amour en Dieu mon Sauveur! Comme le dit si bien le psaume : « Jamais plus nous n’irons loin de toi, fais-nous vivre et invoquer ton nom! » (Ps 79,19)

Bonne fête d’Action de grâce!

Père Gilles Frigon, o.f.m. Cap.

La prière triomphe

Soyez vigilants et fortifiez-vous toujours plus par la prière et la noble vertu de l’humilité ; vous vous apercevrez que vous ne serez jamais submergés dans la mer agitée.

C’est pour cela que, lorsque vous vous sentez faibles devant la tentation, le seul moyen pour obliger Dieu à nous aider c’est l’humilité de l’esprit, le repentir du cœur, la prière confiante. En présence de ces démonstrations sincères il est impossible que Dieu ne fasse pas bonne mine, qu’il ne cède pas, qu’il ne vienne pas à notre aide.

Faisons-nous du courage, donnons un regard au Maître divin priant dans le jardin de Gethsémani, et nous découvrirons l’échelle unissant la terre au ciel; nous remarquerons que l’humilité, le repentir, la prière font disparaître la distance existant entre Dieu et l’homme.

Je vous invite, au nom très doux de Jésus, à pratiquer toujours ce grand secret qu’il nous a appris par ses paroles et son exemple.

Extrait des Lettres de Padre Pio

« Pardonner 70 fois sept fois! » de l’évangile de Matthieu, chapitre 18 versets 22. C’est un passage que tout chrétien devrait connaître par cœur. En bonne personne moderne que nous sommes, avec un esprit bien cartésien, calculateur et légaliste, nous arrivons au produit de 490 pardons à donner. C’est beaucoup, mais je suppose que la plupart d’entre nous y sont déjà arrivés au cours de notre vie. Avec un nombre aussi limité… il faut bien choisir qui pourra en privilégier!

Cependant si nous voulons être honnêtes avec nous-mêmes, nous devons admettre que cette multiplication de 70 fois sept a une tout autre valeur dans le monde de la Bible. Vous savez sans doute que le chiffre 7 à pour signification la perfection. Par exemple : Dieu crée le monde en sept jours, nous dit la Genèse. Ou il peut aussi représenter la multitude, l’infinie. Peu importe l’une des deux interprétations que nous utilisons, il est évident que notre petit calcul bien intentionné n’a pas de sens et nous dévie de la vraie signification de cette parabole. Dans ce passage, ce n’est pas seulement la quantité qui compte, mais aussi l’intensité et la sincérité de l’acte de pardonner. Le pardon est un choix intelligent et non naïf. Nous oublions trop souvent l’importance du pardon dans notre vie chrétienne et encore plus de ces bienfaits pour la vie humaine sous tous ces aspects. Il change notre regard sur autrui et sur soi. Ce n’est pas en manque de raisons qu’il est l’une des demandes de la prière du Notre-Père, sans compter les nombreuses fois où il est mentionné dans les Saintes Écritures.

Oui, il est important de se rappeler l’importance de vivre le pardon. Pas seulement pour nous encourager puisque parfois il nous est difficile de le donner ou de l’accepter, aussi parce qu’il est libérateur et construit la Paix! Avec la grâce de Dieu, de l’humilité, beaucoup de patience et un petit brin d’enthousiasme, il nous est accessible et possible de vivre le magnifique passage de Matthieu 18,22.

Fr. Joseph Beaulieu

« Va parler à ton frère, à ta sœur… Confiance, je suis au milieu de vous… »

Dans nos familles, dans nos milieux de travail, des personnes ne se parlent plus, ne peuvent plus prendre un repas ensemble et même s’excluent. On est loin de la réalisation du rêve de fraternité de Dieu.

Même par rapport à l’Église, des gens de plus en plus nombreux prennent leur distance, certains ont décroché. Pourquoi? Une blessure qui vient d’une parole ou d’une attitude, une institution trop rigide et pas assez ouverte, un discours qui ne rejoint pas les préoccupations de chaque jour, trop de froideur, pas assez d’accueil…

Dieu a besoin de nous, il a besoin qu’on s’en mêle. Quelqu’un autour de moi a une oreille ouverte et attend que je prenne le risque d’aller lui dire : « Ma sœur, mon frère, je t’aime, j’ai confiance en toi; ensemble cherchons la vérité… ». Faire confiance, c’est donner à l’autre la chance de se tromper.

Mais s’il arrivait que nos mains tendues ne soient pas accueillies, il nous reste à croire que ce qui est impossible aux humains est possible à Dieu. Ce frère et cette sœur pour qui Jésus est mort, comment désespérerions-nous d’eux?

Merci Seigneur pour l’oreille attentive, pour la parole échangée, pour la main tendue, pour le cœur ouvert au pardon! Merci Seigneur pour le frère et la sœur réconciliés!

Frère Germain Gilbert

Le chemin du bonheur passe par la Croix

C’est la rentrée, fini le temps des vacances, on porte des projets, des rêves. Rappelons-nous le rêve de Pierre : prendre le pouvoir et ainsi se débarrasser de l’ennemi. C’est la mentalité du monde qui consiste à accumuler, à s’accaparer les ressources de la planète et qui entraîne à regarder l’autre comme un compétiteur à éliminer. Ce n’est pas dans les plans de Jésus car il invite Pierre et ses disciples à regarder la Croix comme un signe +, un plus dans nos vies, un appel à se donner, à aimer.

Quand Jésus meurt sur la Croix, son combat passionné pour un monde plus fraternel semble un échec. La violence, la haine, le mensonge, l’injustice semblent l’emporter. Jésus ne se résigne pas, il ne démissionne pas, il donne sa vie. L’Amour du Père en lui avec lequel il avait relevé tant de personnes dont le cœur était blessé ou la vie menacée, Jésus le souffle sur le monde et anime une Création nouvelle. Le monde se transforme de l’intérieur.

Ce oui à l’amour, ce feu dévorant, je le reconnais dans les Jérémie qui osent dénoncer les violences du capitalisme sauvage en train de saccager notre belle planète bleue, dans ceux et celles qui usent leur corps à marcher pour la paix et pour une juste répartition des richesses, dans les paroles de tendresse et les gestes de solidarité.

Dans chaque Eucharistie, si nous offrons notre personne et notre vie à la volonté du Père, le « craquement » produit par le Pain rompu allume en nous un feu séduisant pour l’enchantement de notre monde.

Frère Germain Gilbert

« Et toi, que dis-tu? Pour toi, qui suis-je?

Jésus a une mission à réaliser : faire connaître l’amour du Père pour chaque être humain, être le frère de tous et faire en sorte que tous les humains se regardent et se traitent en frères et sœurs parce qu’enfants du même Père.

Il s’est choisi des apôtres pour continuer cette mission. Il veut savoir si ses apôtres sont sur la même longueur d’onde que lui, alors il fait un sondage : « Pour vous, qui suis-je? »

Pierre a aimé les paroles de Jésus, il a été témoin de ses nombreuses guérisons. Il a vu Jésus aimer et aider les faibles, accueillir les exclus, pardonner aux pécheurs. Il a vu Jésus ouvrir un avenir souvent inespéré à beaucoup d’hommes et de femmes qui étaient enfermés dans leur passé, dont le cœur était blessé et la vie menacée. C’est sur ce témoignage que Pierre a reconnu en Jésus le Messie, le Fils du Dieu vivant.

Sur la foi de Pierre s’est bâtie l’Église, la communauté des croyants. La question de Jésus traverse les siècles. Qui est Jésus pour nous? Il faut devenir des curieux de l’Évangile et des assoiffés de sa Parole pour reconnaître Jésus comme le Fils du Dieu vivant. Cette reconnaissance suscite le désir profond de délier les personnes du mal et de les lier les unes aux autres comme Jésus l’a fait. Cette reconnaissance nous pousse à travailler au Royaume d’amour que Jésus a inauguré.

Quand je dis que Jésus est le Fils de Dieu, je suis vrai si toute personne qui se présente à moi et me demande « Pour toi, qui suis-je? » et que je lui réponds : « Tu es mon frère, ma sœur, avec qui je suis appelé à marcher en toute confiance ».

Frère Germain Gilbert

La Transfiguration : un avant-goût du ciel

Situons l’événement. Au moment où Jésus gravit la montagne avec ses disciples, son message est incompris des foules, on doute sur son identité de Fils de Dieu, les chefs religieux lui sont hostiles car ils ne reconnaissent pas en lui le Messie, même Pierre se révolte car il espère en Jésus le chef politique.

Dans ce contexte de défiguration, la gloire de Dieu, cachée dans l’humanité de Jésus est soudain dévoilée. Les disciples ont vu le ciel, le monde de la Résurrection. Ils ont vécu une joie intense. Jésus espère que ses disciples se souviendront de ce moment de paradis pour se remonter le moral quand arrivera l’épreuve de la Croix.

Il nous arrive de vivre des moments où le visage d’une personne devient triste, inquiet, et sa beauté secrète ne paraît plus. Peut-être ça m’est arrivé… Mais la célébration d’un anniversaire, un moment passé à l’église, une parole de tendresse, un geste de compassion, un regard aimant, une écoute… et notre visage est devenu resplendissant, la Lumière intérieure a éclairé notre être.

Dans les jours difficiles, si l’on pouvait se souvenir de ces moments de transfiguration, notre monde si souvent défiguré par la violence, la soif de pouvoir et l’hypocrisie deviendrait plus lumineux.

Frère Germain Gilbert

Mettre de l’ordre dans nos vies

De quoi Jésus aimait-il le plus parler? De la pluie et du beau temps? De ses voyages? De ses miracles et guérisons? Des potins venus de Rome? De lui-même? Quel pouvait bien être ce qui le passionnait le plus, ce qu’il essayait d’expliquer à ses amis parce qu’il le vivait lui-même?

Et si je vous disais que Jésus était passionné par la présence d’une réalité cachée parmi nous : celle du Royaume de Dieu, c’est-à-dire une dimension invisible de la réalité et une manière de vivre inspirée par le cœur de Dieu. Le problème c’est que Jésus ne nous a jamais donné une définition précise du Royaume de Dieu. Il est caché, dit-il, comme un trésor enfoui dans un champ ou comme une perle, petite, mais d’une valeur inestimable. Dieu n’est pas évident. Il est au contraire discret, invisible. Le Royaume existe, là tout près de nous, et nous passons facilement à côté!

Ce que Jésus veut nous dire c’est que le Royaume exige un choix de notre part et même un risque. Le paysan et le négociant vendent tous leurs biens pour acheter le champ au trésor ou la perle fine qui vaut bien tous les sacrifices. Liquider tout pour acquérir encore plus, renoncer pour être davantage libre, abandonner pour mieux posséder… voilà la folie de ces deux personnages. Cette attitude décidée doit aussi être celle de la vie chrétienne. Nous admirons les vedettes qui imposent un régime strict pour garder leur taille. Eh bien! Ce sont ces mêmes choix radicaux pour le Royaume de Dieu, que Jésus veut nous voir prendre.

Jésus nous invite aussi à redécouvrir l’essentiel dans nos vies, ce qui constitue notre véritable trésor : «Qu’est-ce qui a du prix à tes yeux? Quelles sont tes priorités? Qu’est-ce qui est vraiment important pour toi?» Il nous faut «un cœur plein de discernement, un cœur intelligent et sage» pour savoir ce qui doit être conservé et ce qui doit être abandonné et pour avoir le courage de prendre la décision.

L’évangile mentionne la grande joie que cette découverte provoque en nous : «Dans sa joie, il va vendre tout ce qu’il possède, et il achète ce champ.» Le disciple de Jésus n’est pas celui ou celle qui perd quelque chose, mais bien celui ou celle qui trouve une nouvelle façon de vivre, qui l’adopte et qui fait l’expérience de la joie que cela lui apporte.
Frère Louis Cinq-Mars

Le temps de la Patience de Dieu

Dieu rêve d’un monde fraternel. Qu’il doit être déçu souvent à nous voir prompts à exclure les personnes qui sont différentes de nous! Qu’il doit être déçu d’entendre nos jugements hâtifs et sévères envers celles et ceux qui ont pu poser des actes répréhensibles à quelque moment de leur existence! Qu’il doit être déçu de nous voir accuser les autres de tous les maux du monde!

L’ivraie est aussi en nous et rend obscure la présence du Seigneur dans notre vie. Mais Dieu nous a pénétrés, nous ses enfants, d’une belle espérance. Il a déposé en chaque être humain son Esprit Saint, son mouvement d’Amour inconditionnel pour chaque être humain.

Pour faire gonfler d’espérance notre monde à la manière du levain qui fait lever la pâte pour en faire du bon pain, il suffit de commencer à prier ainsi : « Père, je mets mon intelligence, mon affectivité, mon regard, mon écoute, mes mains, mon cœur, tout mon être au service de ton projet de fraternité. » Et une personne sur ma route sera regardée comme un rendez-vous de Dieu parce qu’elle m’inspirera une parole de réconfort ou un geste de compassion qui feront goûter la vie comme du bon pain.

Frère Germain Gilbert